Arrivé en France en 2019, Diabaté*, père de famille malien de 34 ans ne pensait pas être régularisé aussi vite. Pourtant, en pleine période de Covid-19, son combat collectif avec d’autres travailleurs du bâtiment a changé sa vie. Aujourd’hui, il raconte son parcours pour redonner de l’espoir à ceux qui attendent encore. « J’ai eu mes papiers 1 an après mon arrivée en France ». Voici son histoire.
Quand on arrive en France sans papiers, on a souvent l’impression que tout est fermé. Que tout va être long. Qu’on doit attendre 5 à 7 ans avant de voir clair. Le quotidien de ceux qui sont arrivés là avant nous démotive, effraie. Il faut le dire, on finit même par perdre espoir. Pourtant, l’histoire de ce jeune homme malien de 34 ans, père de famille resté en Afrique, montre qu’au milieu des difficultés, une porte peut s’ouvrir.
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Arrivé en Île-de-France en 2019, il enchaine des petits boulot, puis commence à travailler dans le bâtiment. Comme beaucoup d’autres, il enchaîne les journées difficiles, dans des conditions parfois injustes, avec du travail dissimulé, un salaire qui arrive en retard et parfois à moitié. Et la peur constante d’être contrôlé règne. Puis arrive la période du Covid-19. Alors que le pays tourne au ralenti, certains continuent malgré tout à travailler dans l’ombre. Lui fait partie de ces travailleurs qui ont tenu, dans des secteurs essentiels.
j’ai eu mes papiers un an après mon arrivée
Mais un jour, avec d’autres salariés dans la même situation, ils décident de ne plus se taire. Avec le soutien de la CGT et d’une association d’aide aux sans-papiers, ils dénoncent leur employeur. Très vite, ils s’organisent collectivement et lancent une grève devant les locaux de l’entreprise. Ce mouvement va tout changer. Sur place, les choses s’accélèrent. Des membres de l’Urssaf ainsi que des représentants de l’association se déplacent. Face à la pression, l’employeur est contraint de délivrer des contrats et les CERFA de demande d’autorisation de travail.
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Accompagnés par l’association, les travailleurs déposent alors une demande collective de régularisation. Et contre toute attente, la réponse positive tombe environ huit mois plus tard. Ils sont régularisés au titre de salarié. Pour ce jeune homme, tout s’est joué dans un contexte bien précis : le besoin de main-d’œuvre, la réalité du travail effectué pendant la crise sanitaire, le caractère dissimulé de l’emploi, mais aussi la force du collectif.
Aujourd’hui, il reconnaît lui-même qu’il est un peu “tombé dans le lot par hasard”, aux côtés de personnes qui, elles, étaient là depuis des années. Mais dans son cas, la préfecture n’aurait pas tant regardé la durée de présence sur le territoire que la réalité du travail, le contexte du moment et la solidité du dossier déposé collectivement.
“Aujourd’hui, je peux enfin vivre et faire mes projets”
Depuis sa vie a changé. Il dit pouvoir enfin respirer, travailler plus sereinement et surtout construire ses projets de vie. Diabaté a depuis lors passé son permis . Ce qu’il retenait de cette épreuve, ce n’est pas seulement la régularisation, mais aussi cette vérité simple : « il ne faut jamais rester seul dans son coin » dit-il. Son témoignage rappelle une chose essentielle : même quand la situation semble bloquée, il existe parfois des voies qui s’ouvrent grâce au courage, à l’accompagnement, aux preuves de travail et à la mobilisation collective.
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Bien sûr, chaque dossier est différent. Chaque parcours a ses réalités, ses obstacles et ses délais. Mais son histoire est là pour dire à ceux qui attendent encore : « ne baissez pas les bras », comme il rassure d’ailleurs. Parfois, tout peut basculer plus vite qu’on ne l’imagine. À ceux qui vivent aujourd’hui dans la peur, l’incertitude ou l’épuisement, ce message mérite d’être entendu : « continuez à vous faire accompagner, gardez vos preuves, rapprochez-vous des bonnes structures, et surtout, gardez espoir » recommande t-il. Vous avez une histoire à partager? positive ou négative, contactez-nous : contact@sakola.fr
*Nom changé pour souci d’anonymat